Fin de l’enseignement sur la « Précieuse guirlande » et Conférence publique Uluru, Territoire du Nord, Australie, 12 Juin 2015

Fin de l’enseignement sur la « Précieuse guirlande » et Conférence publique
Uluru, Territoire du Nord, Australie, 12 Juin 2015
Sa Sainteté le Dalaï Lama est arrivé au Centre des congrès et expositions de Brisbane tôt ce matin. Tout le public n’était pas encore là, il a donc suggéré de commencer la session avec des questions. La première a été posée par une femme qui voulait confirmer ce qu’elle avait compris à propos des explications sur la vacuité de la journée précédente. Elle a dit avoir compris qu’elle était en réalité sans forme, éternelle et non consciente. Sa Sainteté lui a répondu qu’il était important de ne pas négliger l’expérience empirique selon laquelle les choses existent sur un plan conventionnel. La question n’est pas de savoir si les choses existent, car elles existent bien, mais plutôt de quelle façon elles existent, or la façon dont elles existent ne correspond pas à la façon dont elles apparaissent. Dire que les choses sont vides ne revient pas à affirmer qu’elles n’existent pas du tout.
Il a également réitéré que c’est sur la base d’une conception erronée de la manière selon laquelle les choses existent que nous générons des émotions destructives telles que la colère et l’attachement envers ces choses. Le fait d’établir comment les choses existent en réalité fragilise la base de ces émotions destructives. La personne ayant riposté que, même lorsque l’existence indépendante des choses a été rejetée, il reste toujours une certaine essence indéfinissable, Sa Sainteté a répondu que si les choses possédaient un certain degré d’essence immuable, elles ne pourraient pas être dépendantes. Il a suggéré très sérieusement à son interlocutrice, puisqu’elle était encore jeune et avait le temps d’étudier, qu’elle aille voir ce qui est expliqué en physique quantique.
Quelqu’un a posé une question à propos du bodhisattva qui donne sa chair à une tigresse affamée et Sa Sainteté a confirmé que si une bonne cause peut être servie, le don de parties du corps est accepté. Il a dit à une autre personne, qui voulait en savoir plus sur le tout premier Bouddha et de quelle façon il avait atteint l’éveil, que penser à un Bouddha primordial de cette manière était erroné.
En annonçant à Sa Sainteté combien de personnes soutiennent la liberté au Tibet, une autre femme a désiré savoir comment ils pouvaient y contribuer. Il a répondu :
« D’abord, j’avais 16 ans quand j’ai endossé la responsabilité du Tibet. En 1944/45, je suis allé à Pékin et j’ai rencontré Mao Zédong, avec qui j’ai développé une bonne relation. A cette époque, en tant que révolutionnaire, il semblait être à la fois pratique et réaliste. Quand il a suggéré la formation d’un comité préalable pour la région autonome du Tibet, nous avons donné notre accord. En 1956, dans certaines parties du Tibet oriental qui étaient au-delà de la juridiction du gouvernement tibétain, des fonctionnaires trop zélés ont instauré des réformes inappropriées et une révolte a commencé. A cette époque, je suis allé en Inde pour assister aux célébrations du 2500ème anniversaire du Bouddha. J’ai discuté avec le pandit Nehru et Zhou Enlai, qui voyageait avec He Long. Zhou m’avait assuré que les réformes pouvaient être différées de six années voire davantage, mais en 1957 la campagne des Cent fleurs a réduit tout cela à néant.
« En 1959, il n’y avait plus d’autre choix que la fuite. Après avoir fait appel aux Nations Unies en 1950, nous avons réitéré trois fois l’appel, sans résultat. Nehru m’a dit que les Etats Unis n’entreraient pas en en guerre contre la Chine pour le Tibet. A la fin des années 60 et au début des années 70, nous avons compris que nous devions approcher la Chine, sans chercher l’indépendance, mais le dialogue. Cependant, les partisans de la manière forte étaient toujours résolus à s’en prendre à l’identité tibétaine, sa langue et ses traditions spirituelles.
« Aujourd’hui, les peuples de Chine, où se trouvent 400 millions de bouddhistes, du Japon, de la Corée et du Vietnam montrent de l’intérêt pour le bouddhisme tibétain. C’est pourquoi, la préservation de nos traditions ne concerne pas uniquement les Tibétains. En outre, Xi Jinping a publiquement reconnu l’importance du bouddhisme pour la culture chinoise.
« Depuis 2011, je me suis totalement retiré des responsabilités politiques et ai mis un terme à l’implication des Dalaï Lamas dans de telles affaires à l’avenir. Donc, je suis désolé de vous avoir donné cette réponse quelque peu politique, mais j’ai pensé que cela pouvait être utile. Je voudrais vous dire à quel point j’apprécie votre soutien. Merci. »
Puis, Sa Sainteté a pris sa lecture de la « Précieuse Guirlande » avec les verses suivants qui introduisent l’idée de faire naître l’esprit d’éveil de la bodhicitta.
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Si vous et le monde souhaitez obtenir
L’éveil sans pareil,
Ses racines sont l’aspiration altruiste à l’éveil
Stable comme la reine des montagnes,
La compassion s’étendant en tous lieux,
Et la sagesse affranchie de la dualité.
Il a expliqué qu’une fois que vous êtes motivés par l’esprit d’éveil, quoique vous fassiez pour aider les autres, vous créez un grand mérite. Le texte déclare que le corps de forme d’un Bouddha naît de l’accumulation de mérites, tandis que le corps de vérité naît de l’accumulation de sagesse. De plus, les accumulations infinies de mérite et de sagesse éliminent rapidement la souffrance physique et mentale.
Il a expliqué, à propos des méthodes pour développer l’esprit d’éveil, qu’il en existe deux, l’approche des sept causes et un résultat et la méthode de l’égalisation et de l’échange de soi-même avec autrui. La seconde est la plus puissante, c’est celle qui est décrite ici et aussi dans l’« Entrée dans la pratique des bodhisattvas ». Sa Sainteté a précisé qu’au début, l’application de ces méthodes requiert des efforts. Vous pouvez les méditer, mais lorsque vous sortez de méditation, il vous faut faire un effort pour les mettre en pratique dans la vie quotidienne. Cependant, le but est de continuer la pratique jusqu’à ce que cette aspiration naisse spontanément. Il a indiqué la première strophe parmi une vingtaine à réciter pour renforcer chaque jour l’esprit d’éveil, qui se termine ainsi :
Puissé-je toujours être la source du bien-être
De tous les êtres, selon leurs souhaits,
Et sans interférence, comme le sont la terre,
L’eau, le feu, le vent, les herbes et forêts sauvages.
Puissent les êtres m’être aussi chers que ma propre vie
Et puissent-ils m’être plus chers que moi-même.
Puissent leurs mauvaises actions mûrir sur moi,
Et toutes mes vertus porter pour eux leurs fruits.
Aussi longtemps qu’un être vivant, quel qu’il soit,
Où que ce soit, n’a pas été libéré,
Puissé-je demeurer [dans le monde] pour le bien de cet être
Bien que j’aie obtenu l’éveil insurpassable.
En revenant dans la même salle après le déjeuner, Sa Sainteté est monté sur scène avec Meshel Laurie et le nageur Ian Thorpe, qui l’ont présenté à une salle comble de 4000 personnes. Sa Sainteté n’a pas perdu une minute pour commencer son discours.
« Frères et sœurs, je dis toujours cela parce que nous sommes réellement des frères et des sœurs humains. Quand les enfants sont jeunes, ils ne tiennent pas compte de la religion, de la race ou du pays d’origine des gens, ou s’ils sont riches ou pauvres, mais nous perdons cette ouverture en grandissant.
« Une grande partie des problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui sont notre propre création. Je viens de faire un bon déjeuner et en ce moment même, nous sommes heureux d’être ensemble dans cette grande salle, mais ailleurs dans le monde, il y a des réfugiés, aux frontières de la Birmanie, du Bangladesh et en Afrique du Nord, par exemple, sans abri ou nourriture. La vie est précieuse et c’est vraiment triste quand elle est perdue. Il est impensable que les gens se tuent les uns les autres au nom de la religion, alors que le message de toutes les grandes religions est l’amour.
« Tout cela tourne autour de l’importance excessive accordée aux différences entre nous. Alors qu’au même instant, le changement climatique et l’économie globale indiquent qu’il nous faut plutôt nous concentrer sur l’unité de la famille humaine. Nous devons nous souvenir que les autres sont tout comme nous. Ils ont aussi le droit de vivre une vie heureuse. Si les gens se voyaient plus les uns les autres comme des frères et des sœurs, ils n’auraient pas tant de facilité à se tuer entre eux.
« Si nous commencions dès maintenant à promouvoir un sens plus aigu de l’unité de l’humanité, cela ne ferait peut-être pas une différence immédiate. Mais après une ou deux décennies, si la génération suivante était mieux éduquée en ce sens, elle pourrait faire du monde un endroit meilleur. »
Sa Sainteté a parlé de la peur, qui peut être à la fois la cause et le résultat d’une perte de confiance. Il a dit que les gens dont le cœur est plus chaleureux inspirent une plus grande confiance aux autres, et cette confiance devient la base de l’amitié. De beaucoup points de vue différents, la chaleur du cœur est la véritable base du bonheur. Il a mentionné également l’importance de l’affection dans nos vies.
En observant que la majorité des systèmes éducatifs aujourd’hui sont orientés vers des objectifs matérialistes et que la plupart d’entre nous vivons dans une culture matérialiste, il a déclaré qu’il nous manque une compréhension juste des fonctionnements de l’esprit. Il a suggéré de résoudre ces inconvénients en introduisant une carte des émotions et une sensibilisation à l’éthique séculière. Il a expliqué qu’il emploie le mot comme il est utilisé dans l’Inde multi-confessionnelle, où il indique un respect impartial pour toutes les religions et même pour les vues des non-croyants.
Sa Sainteté s’est assis entre Meshel Laurie et Ian Thorpe, qui lui ont passé des questions du public, allant du rôle de sa mère pendant son enfance – il dit qu’elle l’avait gâté – jusqu’à l’endroit où il se sent chez lui. Il a cité un dicton tibétain selon lequel on est chez soi là où on se sent heureux.
Parmi ses réponses aux questions demandant si les meilleurs jours du monde étaient derrière nous, il a mentionné que les gens sont plus réticents aujourd’hui à partir en guerre qu’ils ne l’étaient au 20ème siècle. De même, lorsque Gandhi a employé la non-violence, les gens pensaient que c’était un signe de faiblesse. Néanmoins, quand Nelson Mandela et Martin Luther King l’ont utilisée, cette non-violence a donné de bons résultats. Mis au défi d’expliquer ce qui se passe lors de la réincarnation, il a répondu que de toute évidence le corps ne se perpétue pas, mais que l’esprit le plus subtil le peut, puisqu’il est une continuité.
En approchant de la fin du temps imparti, Sa Sainteté a expliqué qu’il allait se rendre à Uluru, ce lieu considéré par beaucoup comme le cœur spirituel de l’Australie. Mais avant de quitter la scène, il a adressé une requête au public :
« Quand vous vous réveillez le matin, prenez un instant pour réfléchir au fait que l’humanité tout entière est composée de vos frères et sœurs. »
Il quitta la scène rapidement pour se rendre à l’aéroport de Brisbane et monter dans un avion qui a survolé la moitié orientale du pays jusqu’à Uluru. Il a atterri au coucher du soleil, qui jetait de longues ombres sur les vastes étendues du pays. Il a été accueilli par une foule mélangée de sympathisants, dont de nombreux Tibétains venus juste pour cette occasion.

Photos :
1. Sa Sainteté le Dalaï Lama saluant le public à son arrivée au Centre des congrès et expositions de Brisbane pour sa dernière session d’enseignement à Brisbane, Queensland, Australie, le 12 juin 2015 – Photo Jeremy Russel/OHHDL
2. Membres du public écoutant Sa Sainteté le Dalaï Lama parler pendant sa dernière session d’enseignement à Brisbane, Queensland, Australie, le 12 juin 2015 – Photo Rusty Stewart
3. Vue de la scène du Centre des congrès et expositions pendant la dernière session d’enseignement de Sa Sainteté le Dalaï Lama à Brisbane, Queensland, Australie, le 12 juin 2015 – Photo Jeremy Russel/OHHDL
4. Le nageur Ian Thorpe présentant Sa Sainteté le Dalaï Lama à une salle comble de 4.000 personnes au début de sa conférence à Brisbane, Queensland, Australie, le 12 juin 2015 – Photo Rusty Stewart
5. Sa Sainteté le Dalaï Lama s’exprimant pendant sa sa conférence à Brisbane, Queensland, Australie, le 12 juin 2015 – Photo Rusty Stewart
6. Le Centre des congrès et expositions de Brisbane, lieu des enseignements et de la conférence publique de Sa Sainteté le Dalaï Lama à Brisbane, Queensland, Australie, le 12 juin 2015 – Photo Rusty Stewart

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