Birmingham, Alabama : Plasticité neuronale et guérison, et visite de l’Eglise Baptiste de la 16e rue

Birmingham, Alabama, USA, le 26 octobre 2014

L’Université d’Alabama à Birmingham (UAB) avait invité Sa Sainteté le Dalaï Lama à participer à un symposium scientifique intitulé Plasticité neuronale et guérison dans le cadre de la semaine des Droits de l’Homme de la ville de Birmingham. Quand Sa Sainteté arriva sur place ce matin, environ 300 Tibétains étaient rassemblés sur les pelouses à l’extérieur de l’Université pour l’accueillir avec drapeaux, bannières, musique et danses. Sa Sainteté tint à aller à leur rencontre pour recevoir leurs vœux et souhaits avant de pénétrer dans l’édifice.

Ray Watts, Vice-Président de l’université, présenta Sa Sainteté et les autres membres du symposium, à savoir Edward Taub, Michael Merzenich et Norman Doidge. Les informations que ces derniers allaient révéler, espérait-il, étaient de taille à susciter des transformations positives dans nos communautés. Norman Doidge, auteur de « Les étonnants pouvoirs de transformation du cerveau » (The Brain that Changes Itself) expliqua le sens du terme neuroplasticité. Dans ce terme, « neuro » fait référence au cerveau et au système nerveux tandis que « plasticité » renvoie à leur potentiel de changement. Grâce à la neuroplasticité, se dégagent des possibilités d’amélioration et de rétablissement même après des lésions cérébrales sévères.

Le Dr. Doidge déclara que pendant 400 ans on a pensé que le cerveau était figé comme une machine. Du temps de Descartes, on a comparé le cerveau à une pompe hydraulique. Puis il y a eu l’idée que les connexions dans le cerveau étaient électriques, on pensait que le cerveau était « un circuit électrique ». Quand on a comparé le cerveau à un ordinateur, on l’a assimilé au hardware et les pensées au software. Toutes ces explications passaient à côté de la notion de plasticité du cerveau. On assumait que l’esprit était ce que fait le cerveau, une sorte de processus physique, même si on ne pouvait pas le mesurer. C’est pourquoi ce fut un choc quand on a découvert que la pensée est capable de changer le cerveau.

Dans sa présentation des autres participants, le Dr. Doidge indiqua que ce fut grâce au travail obstiné de Michael Merzenich que le monde scientifique finit par accepter l’idée que le cerveau change. La plasticité du cerveau a toujours été, mais au départ personne ne voulait y croire et ce scepticisme fut finalement vaincu grâce à ses travaux, à son courage et son amour de la vérité. Edward Taub fut le premier à démontrer que les effets de lésions importantes comme l’AVC ou la sclérose en plaques peuvent être modifiés par intervention neuroplastique. Ici, à Alabama, sont réunies les conditions les meilleures du monde pour s’attaquer aux problèmes moteurs résultant de l’AVC. Le Dr. Doidge précisa que Sa Sainteté, malgré les multiples autres sujets réclamant son attention, avait maintenu un intérêt constant à propos de l’esprit et la capacité de l’esprit à s’étudier lui-même, ce qu’il appelle une compréhension qui est noble et bonne.

Invité à prendre la parole, Sa Sainteté dit :

« C’est la première fois que je viens en Alabama et c’est un honneur pour moi de commencer ma visite par ces discussions sur l’esprit et le cerveau avec des scientifiques éminents. J’ai toujours été curieux. Chaque fois que je tombe sur quelque chose de nouveau pour moi, je veux savoir pourquoi et comment.

« Ma mère était une personne extrêmement bonne. Au cours de ma croissance, mon cerveau n’a été confronté à nulle crainte ou anxiété, il a eu la possibilité de se développer au maximum de ses possibilités. C’est pour cette raison que je peux l’utiliser pour m’interroger sur d’autres choses. Si j’avais grandi dans une atmosphère de crainte et d’anxiété, il est possible que mon cerveau ne se serait pas développé aussi bien. Parce que j’ai le nom de Dalaï Lama, j’ai commencé à étudier très tôt au sein d’un système qui donne toute sa valeur à l’approche logique. Nous faisons appel à la raison, suivant en cela le conseil du Bouddha de ne pas prendre les choses pour argent comptant mais de les analyser et de les soumettre à l’expérience. »

Sa Sainteté expliqu    a qu’étant enfant il démontait ses jouets pour voir comment ils marchaient. En gardant en état de marche un vieux projecteur de film et son petit générateur d’électricité, il apprit les principes de l’électricité. Jusqu’à un certain point, ces activités l’intéressaient davantage que l’étude et la mémorisation des textes. Après son arrivée en Inde en 1959, les occasions de rencontre avec des scientifiques se firent plus nombreuses et c’est ainsi qu’il y a plus de 30 ans commencèrent des réunions pour discuter sérieusement de cosmologie, de physique, de neuroscience et de psychologie. Sa Sainteté affirma que les échanges entre la psychologie de l’Inde ancienne, y compris la psychologie bouddhiste, et la science moderne ont été mutuellement bénéfiques.

Michael Merzenich dit à Sa Sainteté que c’était pour lui un plaisir de le voir et qu’il admirait son travail. Il expliqua que la plasticité du cerveau est la base pour créer des modèles différents du monde. Le cerveau est extrêmement spécialisé parce qu’il se transforme lui-même, physiquement, fonctionnellement et chimiquement. La lecture transforme le cerveau et, dit-il, il est relativement facile de donner à un non-lecteur un cerveau de lecteur. La clé est l’aptitude à traduire les sons des mots en lettres. Le cerveau est construit pour faire des liens. Cependant, un aspect crucial de la plasticité est qu’il est aussi réversible. Elle peut se déployer pour améliorer ou dégrader toute forme d’aptitude. La plasticité marche dans les deux sens.

A la question : comment peut-on transformer un vieux cerveau expérimenté en un jeune cerveau plus habile ? il répondit : par l’entraînement. Il mentionna plusieurs domaines de recherche et d’entraînement, tels que l’autisme, les troubles d’apprentissage, l’addiction, la schizophrénie, les troubles bipolaires et la dépression ; ces travaux s’insérant dans un effort global visant à améliorer le sort de l’humanité.

Edward Taub commença lui aussi par dire à Sa Sainteté que c’était un honneur et un privilège de se trouver en sa compagnie. Il parla de la Thérapie par contrainte induite, ou TCI, qu’il a mise au point et qui consiste en une famille de traitements de rééducation basés sur la plasticité du système nerveux. Avant 1980, on voyait le système nerveux central comme un système figé, il était donc incapable de se réparer après une lésion. Cependant, au cours des dernières années, la grande plasticité du cerveau a été démontrée et aussi que cette plasticité persiste tout au long de la vie.

Par ailleurs, jusqu’en 1990, tout le monde croyait que tout rétablissement des fonctions motrices s’effectuait au cours de la première année après la lésion cérébrale. En conséquence, bon nombre d’entre elles ne furent pas traitées. En fait, le cerveau peut être remodelé. La TCI consiste à restreindre l’usage du membre sain et à solliciter de manière intensive le membre handicapé. Par exemple, le patient utilisera la main et le bras handicapés pour des exercices comme empiler des cônes ou ramasser un crayon. Ces exercices peuvent occasionner des progrès par l’entraînement du cerveau. Un système de récompense et d’encouragement permet de s’assurer que le patient continue à s’améliorer. Le rétablissement devient un processus actif dans lequel le patient devient acteur de ses propres progrès.

Sa Sainteté fit remarquer l’importance de la participation volontaire des patients dans ce traitement et évoqua le rôle positif de la joie. Il ajouta que nous sommes la proie d’émotions négatives telles que la colère et la jalousie. Peut-on trouver des techniques pour les contrôler, demanda-t-il. Merzenich répondit que cette technique existait déjà et qu’elle s’appelait la méditation !

Le Dr. Doidge intervint alors pour faire remarquer que, si toute la discussion s’était jusque-là concentrée sur le cerveau, on avait découvert que les systèmes immunitaires et nerveux font partie du même système. Le Dr. Taub ajouta que l’on avait trouvé que la pratique de la Méditation Transcendantale entraînait une baisse du recours au système de santé, une augmentation de la longévité et une diminution des cas de crise cardiaque.

On demanda à Sa Sainteté, qui invitait l’assistance à poser des questions, ce qu’il conseillerait pour réduire le cynisme. Il répondit qu’en adoptant un point de vue étroit sur les choses, nous nous sentons plus négatifs même quand il existe des raisons d’espérer. Il indiqua que, depuis le début du 20e siècle, on observe une tendance générale à condamner la guerre et à vouloir la paix. Depuis la chute du mur de Berlin, des pays qui subissaient le totalitarisme se sont libérés. Dans le même temps, la science et la spiritualité, particulièrement dans la mesure où elles ont un rapport avec l’esprit, se sont rapprochées. Le Dr. Doidge conseilla de consulter le lien http://dalailama.us5.list-manage.com/track/click?u=5b2b264c3bf3168624df468f7&id=cf264355a6&e=08c4b72692 qui présente un système d’entraînement du cerveau mis au point et testé par une équipe de plus 10 neuroscientifiques éminents et autres experts du cerveau.

Après avoir pris le repas de midi avec les participants de la discussion, Sa Sainteté fut conduit à l’Eglise Baptiste de la 16e rue, où il fut accueilli par le pasteur Révérend Arthur Price. Le pasteur expliqua la portée historique de l’église. Pendant le mouvement pour les droits civiques dans les années 60, elle devint un quartier général de l’organisation, le lieu de meetings de masse et le point de rassemblement des noirs dans leur lutte contre le racisme largement institutionnalisé de Birmingham, de l’Alabama et du Sud en général. Martin Luther King, Jr. s’exprima fréquemment dans cette église. En 1963, des membres du Ku Klux Klan plantèrent 19 bâtons de dynamite à l’extérieur du sous-sol de l’église et les firent exploser, ce qui provoqua la mort de quatre jeunes filles. L’indignation qui suivit a probablement contribué à l’adoption l’année suivante de la loi sur les droits civiques. Le Pasteur Price présenta à Sa Sainteté le mémorial contenant les photos des événements reliés au mouvement des droits civiques et à l’attentat, ainsi qu’une horloge qui s’arrêta à l’heure exacte de l’explosion.

Tandis qu’il attendait le maire de la ville, Sa Sainteté répondit aux questions des medias. Comme le bourdonnement mécanique des manifestants de Dolgyal à l’extérieur était parfaitement audible, on demanda à Sa Sainteté de faire une déclaration en réponse à leurs revendications. Sa Sainteté répondit :

« Cette polémique remonte à 400 ans. Il fut un temps où moi aussi je récitais ces prières  mais j’ai arrêté quand j’ai réalisé que des Dalaï Lamas précédents étaient fortement opposés à cette pratique. Je ne l’ai jamais bannie mais je considère de ma responsabilité de rendre les choses claires à ce propos. Mon tuteur senior, mon maître principal, a toujours été sceptique à ce sujet et le 13e Dalaï Lama y était fortement opposé. C’est l’affaire de ces manifestations d’écouter ou non ce j’ai à dire. Si vous souhaitez en savoir plus, intéressez-vous à l’histoire de cette pratique à l’intérieur et à l’extérieur du Tibet.

A propos de son impression sur sa visite de ce site historique, Sa Sainteté dit qu’il était heureux d’être venu en ce lieu historique associé à la lutte pour la vérité. Il précisa qu’il n’avait pas rencontré Martin Luther King mais qu’il avait rencontré son épouse et son fils qui lui parlèrent de l’admiration du Dr. King pour Gandhi, de la simplicité de son style de vie et de la non-violence.

Avant son départ, Sa Sainteté dit au maire William Bell que son rôle en tant que leader aussi était important et que l’une des choses essentielles à garder à l’esprit est que nous sommes tous les mêmes en tant qu’êtres humains. Demain, toujours à Birmingham, Sa Sainteté doit participer à une discussion interreligieuse et parler de l’éthique séculière en notre temps.

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